Femme ou homme, nous ressentons le besoin d’être rassuré et d’être considéré. Ainsi est faite notre nature, animale et humaine. Affaiblis ou malades, nous voulons être à la fois cajolés et rester dignes. Un dosage complexe que nous trouvons trop rarement. Je ne surprendrai personne qu’en tant que femme, se retrouver les jambes écartées, les pieds posés dans des étriers en métal glacés et nue de la ceinture aux chaussettes alors que l’on vient se faire soigner n’est en rien une position enviable. Si cette phrase vous a gênée, interpellée ou pire,  cessez ici la lecture de cet article car le livre de M WINCKLER sera pour vous insupportable, obscène, dérangeant et peut-être hélas inutile. Inutile, car son approche vise à secouer une conscience que vous ne pouvez avoir si vous êtes par trop pudique ou pudibond. Je dis surtout « hélas » car il me semble indispensable à tout individu, aux femmes qui plus est, de connaître et d’accepter leur corps dans ses moindres remugles et recoins. Un corps n’est pas beau ou laid, ce n’est pas si simple, il n’est pas simplement question de faire coïncider votre silhouette avec la dernière publicité de votre magazine féminin. Il est question de faire de notre corps un allié, un allié du plaisir, du désir mais aussi de la fatigue de la vieillesse, un allié pour de nombreuses années jusqu’à la mort. Et la médecine telle que pratiquée, telle que nous la connaissons ne fait rien en ce sens, au contraire…

 

Le sujet esthétique est abordé comme thème secondaire et ce n’est à vrai dire pas le nerf de la guerre, bien au contraire. Une lecture à venir « Beauté fatale » de M CHOLET sera l’occasion de débattre plus précisément du sujet. La thèse principale de WINCLER s’attache à une considération bien plus profonde qu’un bien être relatif à notre belle ligne et à la clarté de notre teint. Lui importe bien davantage notre propre rapport à notre genre et à notre humanité qui sont pour lui intimement liés. Les tours et détours des femmes dans les cabinets des gynécologues décrits sur de longues pages, leurs entretiens avec des conseillers sur la contraception, la conception et l’IVG sont des prétextes à travers lesquels WINCLER cherche à nous faire comprendre quelque chose d’infiniment essentielle qui doit conditionner la relation du médecin à son patient. Le médecin n’est pas là pour faire l’insigne honneur au patient de quelques minutes qu’il lui consacre et juger ses comportements et ses choix : il est là pour le soigner, être à son service et cela n’est possible qu’à la seule condition que la femme le sache et l’exige. Et toute une éducation est à refaire. Les femmes pensent aujourd’hui devoir encore se plier à nombre d’exigences machistes et sociales dans le monde du travail et dans leur intimité mais aussi dans le cabinet d’un médecin. Trop de femmes pensent encore : « Mais si je lui dis cela, je vais passer pour… » ou «  il va sûrement me dire de… ». Trop de femmes doivent réapprendre à se considérer comme être humains à part entière responsables de leur être et de leur conscience, peu important leur situation maritale, intime ou sociale. Et avec elles, il nous faut détrôner les pontes médicaux et briser les préjugés.

 

Une telle lecture ne peut laisser indifférent, elle est forcément militante, plus encore que ne l’étaient Les Trois médecins & La maladie de Sachs et ne conviendra probablement à tout le monde. Il est à noter que rarement un auteur masculin aura parlé des « problèmes de femmes » avec une telle crudité : je suis curieuse de savoir ce qu’en pensent les lecteurs masculins… mais je remercie encore une fois M WINCKLER pour ce très bon moment de lecture et ce remue-méninges bien à mon goût !

Un roman, vraiment pas comme les autres, à mettre entre toutes les mains, pour qu’on cesse d’écarter les cuisses sans conscience !

Pour en savoir plus, lisez le très bon article de M CHOLLET sur le sujet.