« L’étude du genre humain ne me passionne plus. Je comprends trop bien les humains, je perce leur âme dès le premier regard. Je vois à travers leurs mensonges et leurs illusions et parviens ainsi à me jouer d’eux sans aucune peine. »
La littérature francophone a de belles heures devant elle : de tous les continents, des mots de notre langue sont écrits, choisis et édités. L’île Maurice voisine du département français de la Réunion a connu les influences francophones et anglo-saxones et certains de ses auteurs ont choisi d’écrire en langue française. Parmi eux, une de mes auteures préférées : N APPANAH et A DEVI, que je ne connaissais pas mais que je brûlais de découvrir tant son livre m’avait paru troublant à sa sortie. Dans plusieurs critiques j’avais lu la violence du propos et du thème, la noirceur de ce personnage du père et médecin. Mais tous les avertissements ne valent l’expérience par soi-même. L’assertion se vérifie une fois de plus !
Le narrateur de ce roman atypique est le vieux docteur qui se meurt. Malade et affaibli, il s’est installée chez sa fille afin de recevoir les derniers soins qui lui sont dus. Depuis sa chambre, il écoute les bruits de la maison et observe fille et petite fille s’affairer autour de lui. Il maugrée et semble attendre un traitement plus respectueux et plus humain que ce qu’il subit, pourtant très vite, on s’étonne de sûreté, des mots qu’il emploie à l’encontre des siens, et cette femme décédée qu’il évoque plus sèchement encore.
A DEVI est poétesse. Malgré ma perméabilité à ce genre, je ne peux nier qu’ici, le lyrisme des phrases du roman est pour beaucoup dans l’effet final. Répétition, ode, allitération diverses, personnification sont autant de procédés stylistiques qui nous font entrer dans la peau de ce vieil homme. Autant de procédés qui donnent puissance au propos et nous font vibrer comme lui, nous vivons sa vie, ses troubles, son tumulte et cette rage qui l’a poussé à tant de colère envers les femmes. En tant que femme, pour la première fois (la dernière peut-être), j’ai vécu dans la peau d’un homme qui les hait : capable de les frapper, de les humilier, de les mépriser comme de vils créatures venues sur terre pour soumettre les hommes.
Le thème central et unique du roman est celui-ci, nous faire vivre sa vie. Et au-delà des femmes, c’est lui-même et le genre humain qu’il abhorre. Aucune onde d’empathie ne traverse l’esprit et le cœur de ce vieux bonhomme amer. Ancien médecin, il aura soigné ses patients comme autant de bêtes de somme, méprisant leur humilité et moquant même le respect mythique qu’ils ont pour lui. A travers ses yeux, on déroule rapidement une cinquantaine d’années de la vie mauricienne à laquelle toute participation de sa part aura été un pur hasard !
Un roman atypique, puissant et obsédant ! A découvrir sans en attendre un exotisme chantant !

Alex-Mot-à-Mots 27 février 2012
Un titre noté il y a des années, et oublié depuis. Merci pour le rappel.
Nymphette 1 mars 2012
Je pense qu’il mérite d’être découvert! Tu me diras si tu as aimé!
Manu 29 février 2012
Tiens, je pensais que c’était un roman indien. Tu attises ma curiosité.
Nymphette 1 mars 2012
Hé oui, c’est une sacrée surprise! Pas vraiment un voyage plaisant mais bon…
krol 29 février 2012
Quel beau billet, superbement argumenté et qui donne envie de découvrir à son tour ce livre atypique.
Nymphette 1 mars 2012
Merci! C’est un livre qui peut partir en voyage dès que j’ai fini de recopier les passages qui m’ont plu!…
sylire 2 mars 2012
Un livre qui m’avait beaucoup impressionnée également.
Nymphette 4 mars 2012
On ne pourrait y rester insensible!